Le train fantôme oublié?

Il y a 76 ans ce jour un train de déportés s’arrêtait à Roquemaure, la voie étant coupée plus haut. Alors que les alliés libéraient la France les nazis continuaient leur œuvre de mort avec une folle obstination. Ils avaient fait partir ce qu’on appellera le train fantôme de Toulouse chargé de 403 résistants, étrangers pour beaucoup, du camp du Vernet, 150 autres de la prison Saint Michel de Toulouse ainsi que 24 femmes, le nombre s’accroissant au fur et à mesure des arrêts.

Une obstination barbare

Pendant deux mois en plein été les allemands ont voulu déporter ces patriotes et anti-nazis coûte que coûte, même au détriment de leur effort de guerre dans un acharnement insensé alors que la France était libérée par les alliés et les armées françaises d’Afrique.

Après avoir tenté de passer par Bordeaux le train mitraillé par les alliés fait demi-tour pour rejoindre l’Allemagne et ses camps de la mort par la vallée du Rhône.

Le 18 aout 1944 cela faisait 49 jours que le train roulait quand il s’est arrêté à Roquemaure : la voie ferrée de la rive droite était coupée plus haut.  La locomotive était à la sortie de la tranchée SNCF, les derniers wagons au niveau de la rue de la Croze. Le curé de Roquemaure essaya de les soulager, sans grand résultat.

Au matin la chaleur était déjà forte quand les allemands firent sortir les déportés pour aller, à pied, rejoindre la gare de Sorgues où ils reprendraient un autre convoi.

Des roquemaurois courageux

Bien sur ils étaient affamés, assoiffés, quand on les a fait descendre par le talus sur le chemin des Islons, en direction de l’ancien pont suspendu : « on nous fit abandonner le train pour opérer un transbordement, à neuf heures la chaleur était déjà violente ; on nous fit descendre du remblai du chemin de fer en une colonne interminable » a témoigné Francesco  Nitti, l’un des déportés.

Bien sur de nombreux résistants ont essayé de s’évader, avec plus ou moins de succès :
« Après Dufour je descends dans l’ouverture. Je me jette entre les rails, une chute assez rude, quelques bleus, et le train s’arrête à 30 mètres de moi. Je vois le wagon plat en queue avec lanterne rouge et les quatre mitrailleuses jumelées avec leurs serveurs. Il est environ deux heures du matin, j’attends un peu, puis comme le train ne repart pas. Je me jette le plus doucement possible, monte sur le quai, saute la barrière en ciment et descend tout doucement le talus qui donne sur un chemin de terre. Quand le jour s’est levé je suis allé demander asile à la première maison. C’est Monsieur Malartre, un mécanicien automobile, qui m’a fait rentrer et manger. Après quelques jours chez lui, c’est un de ses copains, Monsieur Germain Cambe, qui avait une entreprise de cars à Roquemaure, qui m’a recueilli, je suis resté quelques temps chez lui jusqu’à ce qu’arrive un camion militaire du débarquement, je suis parti avec eux jusqu’à Annonay et j’ai continué le combat dans les milices patriotiques. »  se rappelait Raymond Champel.

Car des roquemaurois patriotes, ou simplement humains, les ont aidés :
« Je crois me souvenir que c’est le 18aout 1944 vers midi ; nous étions tous autour de la table, sous l’arbre, dans la cour, écrasés par la chaleur, lorsque du portail nous avons vu apparaître un pauvre homme, petit, épuisé, tout transpirant. Mon père est allé au devant de lui, lui a parlé, puis nous lui avons donné de la salade de tomate entre autres, papa lui a monté sur un manche une vieille bêche, et avec une musette, une casquette et la bêche sur l’épaule notre visiteur est parti. Nous lui avons indiqué le chemin du Maquis vers St Victor la Coste. Ce pauvre malheureux a pris la route tristement, apeuré, mais aussi réconforté. Il nous a dit être boulanger à St Béat. Il s’appelait Marcel Dard. Après son départ, j’ai le souvenir d’être descendue à Roquemaure en bicyclette, pour retrouver mon père à sa pharmacie, arrivée vers le pont du chemin de fer. J’étais embrouillée dans un tas de fils électriques, de câbles qui tombaient des pylônes, puisqu’il y avait eu des tirs de D.C.A. sur ce petit pont bas, à côté de la gare était stationné un train de marchandise je crois, et le wagon qui était sur le pont supportait un engin de tir genre mitrailleuse posé sur trépied comme pour faire des photos – étant tout à fait néophyte (j’avais 17ans) je n’ai pas bien compris ce qu’était cet appareil, ce n’est qu’après que j’ai compris et que j’ai fais le rapprochement avec notre visiteur. » a déclaré Monique Brun-Buisson Blanc en 1992.

Mais le gros du convoi devait atteindre Sorgues par le pont suspendu qui, ironie du sort, fut rasé par les alliés le lendemain. Peu en sont revenus.

Ne pas oublier

De cette épisode de la dernière guerre il ne reste sur un pilier de la première partie du pont qui devait échapper au bombardement qu’une plaque commémorative posée en 1991. Malheureusement en 2005 alors que la CNR proposait de refaire cette passerelle de la berge à l’île la municipalité de l’époque a préféré qu’elle soit démolie pour ne pas assurer l’entretien de ce lieu de mémoire.

Ainsi le souvenir de ce triste épisode s’efface peu à peu, Après tout cela n’avait duré que moins de 24h et à la libération, après l’épuration comme partout en France, les roquemaurois ont voulu retrouver la paix et ont oublié cet épisode, l’heure était à la reconstruction.

Cependant il est important de ne pas oublier ces femmes et ces hommes qui ont sacrifié leur vies pour notre liberté, sous peine de revivre ces temps barbares.

W.L.

Photo de l’amicale des déportés : les Survivants bordelais : René Lafond, Renée Lacoude, Philippe Toureille, Ginette Vincent, rescapés de Dachau et Ravensbrück, devant la plaque du pont suspendu.

Pour cet article nous avons utilisé le site suivant sur lequel vous retrouverez toute l’histoire du train fantôme :

Les déportés du train fantôme

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